Ce qu'on ne vous dit jamais sur le karma (et c'est révoltant) - (Série “Ce qu’on ne vous dit pas sur le développement personnel” – Épisode 3)
- Chantal Delanoe

- 5 juin 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 juil. 2025

"Tu l'as bien cherché, c'est ton karma !"
Combien de fois avez-vous entendu cette phrase, lancée avec l'assurance de celui qui détient une vérité spirituelle ?
Derrière cette formule apparemment sage se cache l'une des manipulations les plus pernicieuses du développement personnel moderne.
Le karma, concept millénaire issu des traditions hindoue et bouddhiste, a été vidé de son essence pour devenir une arme de culpabilisation massive.
Il est temps de remettre les choses au clair.
"Si tu as un cancer, c'est que ton âme a choisi cette expérience pour apprendre quelque chose. Qu'est-ce que tu refuses de voir dans ta vie ?"
Cette phrase, je l'ai entendue dans la bouche d'un coach en développement personnel s'adressant à une femme en chimiothérapie. L'horreur de cette logique saute aux yeux : une personne déjà fragilisée par la maladie se voit culpabilisée, comme si elle était responsable de son cancer. Cette vision détournée du karma nie totalement les facteurs environnementaux, génétiques, ou simplement le hasard de la vie.
Elle transforme la compassion nécessaire en jugement pseudo spirituel.
"Tu attires ce que tu es. Si tu vis de la violence, c'est que tu vibres à cette fréquence. Travaille sur tes blessures d'enfance."
Voici comment certains thérapeutes auto-proclamés retournent la situation : la victime de violence devient responsable de ce qu'elle subit. Cette inversion perverse protège l'agresseur et enfonce la victime dans la culpabilité. C'est une négation complète des dynamiques de pouvoir, des structures sociales oppressives, et du simple fait que certaines personnes sont malveillantes indépendamment de nos "vibrations".
"Les riches ont un karma positif, les pauvres paient leurs dettes karmiques. C'est spirituellement juste."
Cette logique fait frémir : elle transforme les inégalités sociales en justice cosmique. Les systèmes économiques inéquitables, l'exploitation, les héritages... tout disparaît derrière un karma fantasmé qui justifierait que certains "méritent" d'être riches et d'autres pauvres.
"Cette âme a choisi cette famille et cette épreuve pour évoluer."
Face à un enfant gravement malade, certains osent cette explication.
Les parents, déjà détruits par la souffrance de leur enfant, se voient culpabilisés : auraient-ils "attiré" cette situation ?
L'enfant "aurait-il choisi" de souffrir ?
Cette vision nie la souffrance innocente et transforme la compassion en analyse spirituelle froide.
Dans les textes originaux - les Upanishads, la Bhagavad Gita, les enseignements bouddhistes, le karma n'est pas punitif.
C'est la loi universelle de cause à effet qui régit l'évolution des consciences.
Il ne s'agit pas de "mériter" ce qui nous arrive, mais de comprendre que nos actions créent des conséquences, dans cette vie ou dans d'autres, pour permettre l'apprentissage de l'âme.
Le vrai karma n'est pas uniquement individuel. Il existe un karma personnel lié à nos actions dans cette vie et les précédentes, un karma familial portant les schémas transmis par nos lignées, un karma collectif résultant des conséquences des actions de notre société et de notre époque et un karma de l'âme concernant les leçons que notre essence vient intégrer. Cette complexité interdit tout jugement simpliste. Une situation difficile peut relever de plusieurs niveaux karmiques simultanément.
Il n'existe pas de "bon" ou "mauvais" karma dans la tradition authentique. Il y a des expériences qui servent l'évolution de la conscience. Ce que nous percevons comme "négatif" peut être exactement ce dont notre âme a besoin pour grandir. Cette vision libère de la culpabilité tout en invitant à la responsabilité consciente.
Quand une personne traverse une épreuve et qu'on lui dit "c'est ton karma", on l'isole dans sa souffrance.
Au lieu de recevoir compassion et soutien, elle se retrouve seule avec le poids de ses supposées "fautes passées". Le faux karma devient un outil de maintien du statu quo.
Pourquoi lutter contre les inégalités si elles sont "karmiquement justifiées" ?
Cette logique sert tous les systèmes oppressifs.
En transformant chaque difficulté en "leçon méritée", on détruit la compassion naturelle. L'autre ne mérite plus notre aide puisqu'il "a choisi" sa situation.
Comment reconnaître ces manipulateurs spirituels ?
Ils simplifient des situations complexes par des explications karmiques, culpabilisent les victimes au lieu de les accompagner, se positionnent en "éveillés" face à ceux qui "n'ont pas compris", monnayent leurs "révélations" sur votre karma, et nient les réalités sociales, médicales, psychologiques. Derrière ces discours se cachent souvent un besoin de contrôle et de pouvoir, une incapacité à gérer leur propre vulnérabilité, des intérêts financiers, et une méconnaissance totale des traditions authentiques.
Le vrai karma invite à la compassion, pas au jugement.
Face à la souffrance d'autrui, la question n'est pas "pourquoi il ou elle le mérite" mais "comment puis-je aider ?".
Comprendre le karma, c'est accepter que nous ne pouvons pas tout expliquer. Les mécanismes de l'existence sont infiniment plus complexes que nos petites grilles de lecture. Au lieu de justifier l'injustice par le karma, les traditions authentiques invitent à l'action consciente et juste : agir pour réduire la souffrance dans le monde, quelle qu'en soit l'origine supposée.
Le karma authentique est un outil de compréhension et de libération, pas de culpabilisation.
Il nous invite à prendre conscience de nos responsabilités sans nous écraser sous le poids de la culpabilité. Face aux épreuves de la vie - maladie, violence, précarité - notre rôle n'est pas de juger mais d'accompagner. La spiritualité véritable unit, console et élève. Elle ne divise pas entre ceux qui "ont compris" et ceux qui "paient leurs dettes".
Il est temps de reprendre le karma aux marchands de culpabilité spirituelle. Il est temps de retrouver sa dimension libératrice et compatissante. Car au final, nous sommes tous en chemin. Et sur ce chemin, nous méritons compassion, pas jugement.
Et toi, est-ce qu’on t’a déjà fait sentir que ce que tu vivais, c’était “de ta faute” ?
Est-ce que tu t’es déjà jugée à travers ce prisme du karma ?
Si tu veux déposer quelque chose ici, je serai ravie de te lire.
Si tu souhaites aller plus loin dans ton exploration intérieure et retrouver ton alignement en déconstruisant ces dictas du développement personnel, je te propose de me retrouver dans le cercle des exploratrices intérieures dès le 15 septembre.
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