Sortir de la culpabilité de “devoir donner sans compter” quand on travaille dans le soin
- Chantal Delanoe

- il y a 4 jours
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Il y a quelques jours, j’ai échangé avec une femme qui m’a contactée pour une cure de Panchakarma au Kerala. Elle est psychothérapeute. Elle accompagne, elle soutient, elle écoute… et elle donne beaucoup... Trop.
Elle m’a confié qu’elle avait du mal à recevoir sans se sentir redevable. Comme si chaque geste, chaque soutien, chaque attention reçue devait être “remboursée” en donnant encore plus aux autres — parfois bien au-delà de ce qu’on lui demandait réellement.
Elle est épuisée… mais culpabilise à l’idée de se reposer.
Ses mots m’ont profondément touchée, parce que j’ai connu cet état. Et parce que cela me rappelle aussi d’autres professionnels du soin que j’accompagne, comme cette amie psychologue qui, malgré son expérience et ses compétences, peine encore à sortir de ses propres traumas.
Elle accompagne les autres avec une immense présence et empathie…mais lorsqu’il s’agit d’accueillir sa propre vulnérabilité, quelque chose la retient. Comme si, parce qu’elle est professionnelle, elle devait “savoir gérer”. Comme si demander de l’aide signifiait échouer.
Cette posture intérieure, je la rencontre souvent chez les soignants, thérapeutes, psychologues, travailleurs sociaux, accompagnants. Pas par orgueil. Pas par déni. Mais par loyauté au rôle.
Être solide. Être fiable. Tenir. Même quand, à l’intérieur, ça tremble.
Quand le soin devient sacrifice : les croyances invisibles qui épuisent
Derrière la culpabilité de “prendre du temps pour soi”, on retrouve souvent des conditionnements profonds :
“Si je dis non, je déçois.”
“Je dois être à la hauteur, tout le temps.”
“Se préserver, c’est être égoïste.”
“Je dois être forte, quoi qu’il m’en coûte.”
“Je n’ai pas le droit de flancher.”
Chez certains professionnels du soin, ces croyances sont même liées à des histoires anciennes :
Traumas, responsabilités précoces, nécessité d’être fort très tôt…Des stratégies qui ont permis de survivre puis de s’orienter vers les métiers de l’accompagnement comme pour réparer sa famille.
Sauf qu’à force de donner sans s’inclure dans le cercle du soin, le corps finit par tirer la sonnette d’alarme.
La fatigue compassionnelle s’installe. La distance intérieure se creuse. Puis vient l’épuisement. La maladie s'installe jusqu'à une limite mortelle parfois...
Le burn-out ne vient pas d’un manque de courage. Il naît d’une fidélité mal orientée vers le rôle plutôt que vers soi, vers la mission plutôt que vers la vie intérieure.
Peut-on se protéger… sans devenir égoïste ?
C’est souvent la peur centrale.
Mettre une limite = abandonner l’autre.
Se reposer = trahir sa mission.
Dire stop = être lâche.
Pourtant, prendre soin de soi n’est pas l’inverse de prendre soin des autres.
C’est ce qui le rend possible dans la durée.
Un soignant épuisé n’a plus accès à sa présence. Un thérapeute qui se sacrifie ou qui passe en force agit en mode automatique. Un professionnel qui s’oublie perd le lien à sa vocation.
Se préserver n’est pas une fuite. C’est un acte de responsabilité éthique, humaine et professionnelle.
Quelques premières étapes douces pour amorcer le changement
Ces étapes ne cherchent pas à tout bouleverser.Elles recréent de l’espace intérieur — là où tout commence.
1. Remplacer “Qu’attend-on de moi ?” par “De quoi ai-je besoin maintenant ?”
Revenir au corps avant de répondre à la demande :
fatigue ?
tension ?
besoin de silence ?
besoin de ralentir ?
👉 Le corps n’accuse pas. Il informe.
2. Poser des limites douces… sans justification
Commencer par des micro-ajustements réalistes :
repousser une demande non urgente
réduire une séance trop longue
dire “ce sera pour demain”
demander du relais quand c’est possible
Protéger son énergie n’est pas refuser d’aider
.👉 C’est rendre l’aide plus juste.
3. Accueillir la culpabilité… au lieu de la combattre
La culpabilité est souvent une vieille loyauté.
La nommer permet déjà de la transformer :
“Oui, je ressens de la culpabilité en prenant soin de moi. Et je choisis quand même de me reposer.”
C’est un geste de maturité intérieure.
4. Se rappeler que le soin existe dans la réciprocité
Donner sans jamais recevoir n’est pas un idéal moral.
C’est une rupture de l’équilibre vital.
Recevoir soutien, repos, supervision, accompagnement…ce n’est pas “prendre la place des autres”.
👉 C’est rester vivant·e dans sa pratique.
Pour les soignants, thérapeutes et professionnels épuisés : ne restez pas seuls
Si ces mots résonnent en vous,ce n’est pas un signe de faiblesse.
C’est un signe que quelque chose en vous sait déjàqu’il est temps de faire autrement.
Dans ma formation Gestion du stress et prévention du burn-out en milieu hospitalier, nous travaillons avec douceur et respect sur :
les mécanismes d’auto-sacrifice et de loyauté au rôle
la culpabilité liée aux limites
la fatigue émotionnelle et compassionnelle
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Et si vous connaissez des personnes intéressées qui travaillent dans le soin, n'hésitez pas à leur partager cet article.




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